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La mesure de l’impact économique des grands événements sportifs . L’exemple de la Coupe du Monde de Rugby 2007 [*]
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Introduction
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La Coupe du Monde de Rugby (CMR) peut être considérée comme un grand événement sportif au niveau planétaire. En effet, les indicateurs de participation et d’audience mesurant l’ampleur de la notoriété de cette manifestation (2,4 millions de spectateurs, 4 milliards de téléspectateurs) témoignent de la place de la CMR aux côtés d’autres spectacles sportifs comme les JO, les championnats du monde d’athlétisme ou le tournoi de Roland GARROS (BOURG et GOUGUET, 2007). Néanmoins, si l’on se réfère à d’autres données économiques, la CMR apparaît à une place beaucoup plus modeste. Par exemple, avec un budget de l’ordre de 255 millions d’euros, on est très loin des budgets d’organisation de la coupe du monde de football en Allemagne (1,7 milliards d’euros) ou des JO d’Athènes (1,5 milliards d’euros). De même, la CMR en France n’a pas généré des dépenses massives d’investissements comme pour les JO de Pékin (de l’ordre de 40 milliards d’euros) ou de la coupe du monde de football 2006 (6 milliards d’euros). Les droits TV de la CMR (130 millions d’euros) sont également très en retrait par rapport aux autres grands événements sportifs planétaires comme la coupe du monde de football 2010 avec 3 milliards d’euros. Dans ces conditions, il faut se demander quel est l’impact réel de la CMR sur l’économie française et sur l’économie des régions qui ont accueilli l’événement.

2 L’analyse de l’impact économique des grands événements sportifs fait toujours partie des thèmes sujets à controverses au sein de la communauté des économistes. Quand on parcourt la littérature, il est frappant de constater l’hétérogénéité des résultats : d’un côté, des bureaux d’études prévoyant des retombées économiques très élevées s’opposent à des universitaires qui revoient systématiquement à la baisse de telles évaluations ; de l’autre, à l’intérieur de la communauté scientifique, des résultats très contrastés sont obtenus avec des méthodes se rapportant à des fondements théoriques différents (approches keynésiennes et modèle input-output, par exemple).

3 La CMR 2007 en France n’a pas échappé à un tel débat dès sa phase de préparation. En effet, des premières évaluations ont circulé avant la tenue de l’événement et ont été à nouveau instrumentalisées au service de la justification de l’organisation de la manifestation. Il faut donc s’interroger sur la validité de tels calculs ex-ante mais également sur la légitimité de leur utilisation :

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• Ces calculs de retombées sont le plus souvent approximatifs, voire faux, et systématiquement surévalués. De très nombreux exemples pourraient être donnés : pour la candidature de Paris aux Jeux Olympiques 2012, une étude du Boston Consulting Group (BSG, 2004) annonçait 42 000 emplois pérennes et 35Mds€ de retombées dans les sept années suivant les Jeux ; pour la Coupe du monde de rugby 2007 en France, une étude de l’Essec (2007) prévoyait 8Mds€ de retombées économiques dont 4Mds€ avant et pendant la Coupe ; pour le tournoi de Flushing Meadow, la Ligue américaine de tennis estimait son impact à 3% de l’impact annuel total du tourisme à New York (BAADE, 2005) ; pour le Super Bowl, la National Football League annonçait un impact de près de 400M$, soit quatre fois plus que les calculs effectués par les universitaires (MATHESON et BAADE, 2006). Une telle surévaluation est à attribuer, en grande partie, à des erreurs grossières de calcul que nous rappelons dans la section 2 et que nous tentons d’éviter par une méthodologie rigoureuse.
• Ces calculs de retombées ne sont pas légitimes pour justifier de l’organisation d’un grand événement sportif. Il faudrait pour cela un calcul de rentabilité sociale. Dans l’idéal, il serait même souhaitable d’effectuer le calcul coûts/bénéfices ex-ante comme instrument d’aide à la décision, et le calcul de retombées ex-post pour bénéficier de données réelles fiables. La solution n’est néanmoins pas facile à trouver dans la mesure où un calcul de rentabilité ex-ante serait extrêmement long, coûteux, voire impossible. On peut donc assimiler la décision d’organisation d’une grande manifestation sportive à une décision politique et analyser, ensuite, quelles en sont les dimensions économiques : d’une part, quel est l’impact sur les territoires d’accueil ; d’autre part, quelle est la rentabilité sociale de l’événement. Ces deux calculs sont complémentaires et permettent d’évaluer globalement une grande manifestation sportive (BARGET et GOUGUET, 2008). Nous en restons dans cet article à la présentation du calcul d’impact et nous retrouverons la comparaison avec l’utilité sociale créée en conclusion.

5 La section suivante présente les fondements méthodologiques du calcul d’impact de la CMR ; une troisième section détaille les modalités de traitement et d’analyse des injections liées à l’organisation ; la section 4 présente les modalités de traitement et d’analyse des injections liées aux dépenses des visiteurs ; la section 5 présente le calcul de l’impact régional ; une sixième section synthétise les principaux résultats obtenus, et la dernière section conclut.

- 2 - Fondements méthodologiques
6 La mesure de l’impact économique des grands événements sportifs soulève de multiples controverses chez les économistes autour de deux points principaux. D’une part, il faut sélectionner un soubassement théorique adapté ; d’autre part, il faut éviter un certain nombre d’erreurs de calcul.

2.1. Le circuit spatialisé de la CMR
2.1.1. Rappel : théorie de la base
7 Quand on parle de base économique, on cherche généralement à déterminer les potentialités économiques d’un territoire qui sont les plus fondamentales pour son développement (GOUGUET, 1981 ; DAVEZIES, 2008). Ce sont les activités motrices, les autres étant induites. On a donc ici une théorie dichotomique de la croissance du fait de cette reconnaissance de deux types d’activités bien distinctes. Le spectacle sportif peut être considéré comme une activité basique (BOURG et GOUGUET, 1998).

8 La première caractéristique de l’impact macro-économique d’un spectacle sportif sur un territoire donné est la complexité des interactions entre de multiples agents qui vont donner naissance à des flux de valeur plus ou moins facilement mesurables (JONES, 2001). Pour effectuer une telle mesure, la définition d’un espace pertinent est fondamentale puisque l’espace n’est pas neutre, il exerce une influence sur les variables retenues dans les modèles. Par rapport à cette caractéristique, il est possible de distinguer, selon leur taille, les territoires accueillant les manifestations sportives :

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• l’espace national ne nous semble pas pertinent pour mesurer l’impact des grands événements sportifs pour deux raisons essentielles : l’ampleur des effets induits à cette échelle géographique va être peu significative en pourcentage des agrégats nationaux (PREUSS et al., 2006, BAADE et al., 2008) ; l’appréhension réelle de l’impact n’a de sens qu’à un niveau géographique donné, surtout lorsque, comme dans le cas de la CMR, l’événement est éclaté entre plusieurs villes. Au-delà du territoire national, il faut donc distinguer les espaces géographiques en fonction de leur taille.
• sur de grands territoires, (par exemple la Californie ou la Catalogne pour les J.O.), on peut raisonner sur une structure économique intégrée qui possède une relative autonomie de fonctionnement, des relations interindustrielles relativement denses... Des instruments et modèles de type macro-économique peuvent être mobilisés (matrices input/output et modèle de LÉONTIEF ; multiplicateur de commerce extérieur et modèles macro-économiques régionaux...). L’état des données régionales en France permet très difficilement le test de tels modèles déconcentrés (BARGET et GOUGUET, 2000).
• sur des petits territoires, comme ceux de la CMR, au niveau des villes d’accueil, d’autres instruments théoriques sont nécessaires pour appréhender un tel impact. Il semblerait que la théorie de la base (GOUGUET, 1981) puisse convenir aux espaces de petite dimension comme élément explicatif de leur développement économique. Les grands événements sportifs , considérés comme activités basiques, constituent un moteur de la croissance économique de ces espaces. En effet, ils font rentrer de l’argent frais dans les territoires concernés et, par effet de multiplication, vont engendrer une création de valeur ajoutée et d’emploi.

10 Néanmoins, si la théorie de la base est relativement simple dans son principe, elle présente des difficultés dans sa mise en œuvre qui, si on n’y prend pas garde, peuvent conduire à des erreurs (DELOITTE, 2008). Sur les petits territoires, l’ampleur de l’impact va dépendre de deux éléments :

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• l’ampleur du projet qui conditionne souvent le recours à des opérateurs spécialisés extérieurs. De gros projets sur des petits territoires profitent souvent ainsi à d’autres territoires (voir l’exemple des Jeux Olympiques d’hiver d’Albertville).
• le degré d’intégration du territoire autour de sa structure productive. Plus le degré d’intégration est fort et plus les fuites sont faibles ; plus la région est petite et peu diversifiée et intégrée, plus les fuites risquent d’être importantes, plus le multiplicateur va être faible. On peut du reste facilement calculer le taux de fuite qui annule tout effet de multiplication à l’intérieur du territoire et on retrouve ainsi l’importance du découpage géographique (DION, 1987).

12 Pour apprécier la réalité de ces problèmes et leurs spécificités dans le cas de la CMR, il est nécessaire d’analyser le circuit économique spatialisé de cette manifestation.

2.1.2. Principaux flux du circuit spatialisé
13 Le circuit économique de la CMR 2007 fait apparaître trois sources principales d’injections et de fuites :

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• les dépenses de consommation sont le fait des spectateurs « stades », des spectateurs « écrans géants », des équipes nationales et des accompagnateurs de ces différents agents économiques. On ne retient que les consommateurs extérieurs à la région (reste de la France et étrangers), ce qui permet de comprendre une partie des différences territoriales dans l’impact de la CMR 2007, le pourcentage d’étrangers et de spectateurs hors région variant selon les cas (voir tableau 8).
• les dépenses liées à l’organisation et à l’animation reflètent la spécificité de l’organigramme de la CMR 2007. Un Groupement d’Intérêt Public (G.I.P.) a été créé à Paris pour superviser l’organisation générale ; un comité local de coordination a été installé dans chaque région pour élaborer et mettre en œuvre les actions de valorisation. Mais surtout, la structure de financement est très spécifique, avec des fuites proportionnellement plus élevées que dans des compétitions comme les JO ou la Coupe du Monde de football. Ainsi, l’IRB (International Rugby Board) propriétaire de la CMR, et dont le siège est en Irlande, perçoit directement l’essentiel des recettes commerciales de l’événement (sponsoring, droits TV, VIP, loges pour un total de 130 M€ de droits médias et de 60 M€ de sponsoring). L’économie du GIP repose ainsi presque exclusivement sur les recettes de billetterie.
• les dépenses d’investissement concernent la construction et la rénovation des stades principalement. C’est l’Etat et les collectivités territoriales qui sont concernés ici pour le financement de telles opérations. Mais ces investissements sont restés très limités puisque l’événement a été organisé dans des stades préexistants, accueillant habituellement des rencontres de football d’une capacité supérieure aux stades du rugby français.


Le circuit économique de la CMR

Le circuit économique de la CMR

15 Au final, il s’agit de repérer parmi tous les flux précédents, ceux qui sont issus d’agents extérieurs au territoire régional pour calculer les injections, de retrancher toutes les fuites hors territoire et d’appliquer le multiplicateur régional, ce qui implique de collecter sur le terrain une information de qualité.

2.1.3. Modalités de collecte de l’information
16 Au-delà de l’information régionale disponible (INSEE, Chambres de Commerce...), nous avons collecté l’information spécifique à la CMR selon deux modalités :

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• des enquêtes par questionnaires remplis sur place : spectateurs-stade, spectateurs-écrans (5500 au total). L’administration de ces questionnaires par des enquêteurs présents lors de chaque match n’a pas posé de problème majeur.
• des entretiens approfondis réalisés auprès des représentants du GIP France 2007 en région, des membres du comité local de coordination et des décideurs des collectivités territoriales impliquées.

18 A côté de cette information collectée sur le terrain, nous avons pu bénéficier de la mise à disposition d’une masse de données collectées par la Délégation Interministérielle aux Grands Evénements Sportifs (DIGES), le GIP et la Fédération Française de Rugby (FFR) ainsi que de données complémentaires collectées par divers organismes publics et parapublics (base de données sur la billetterie, statistiques hôtelières, statistiques transports etc.)

2.2. Principales difficultés de mise en œuvre de la théorie.
19 Très souvent les études de retombées économiques de grands événements sportifs surévaluent considérablement les résultats du fait d’erreurs plus au moins grossières dans l’application de la théorie de la base : non prise en compte de l’effet de substitution ; non prise en compte du déplacement temporel de dépenses de consommation ou d’investissement ; omission des effets d’éviction en matière de consommation ou d’investissement ; omission des fuites hors territoire (consommation ou investissement) ou, au contraire, double comptabilisation pour les injections (JEANRENAUD, 2000). Nous présentons les deux principales difficultés que sont les fuites hors circuit d’une part, et les doubles comptes, d’autre part.

2.2.1. De la nécessité de raisonner en termes de valeur ajoutée régionale
20 Trois types de dépenses liées à l’organisation peuvent être considérés : les dépenses du comité d’organisation (GIP France 2007), les dépenses financées par l’Etat, les dépenses des équipes hébergées en région durant la manifestation. Dans tous les cas, pour déterminer l’injection brute, il est nécessaire de prendre en compte l’origine des financements qui ont été mobilisés (ceux-ci devant être extérieurs à l’espace régional), ainsi que la destination des dépenses qui ont été réalisées (celles-ci doivent profiter à des agents régionaux).

21 Il est nécessaire également de distinguer les rémunérations versées des achats de biens et services. Dans le premier cas, toutes les rémunérations sont considérées comme des revenus additionnels versés localement. Dans le second cas, il faut retrancher toutes les fuites et raisonner en valeur ajoutée régionale. En effet, le chiffre d’affaires (souvent utilisé par des non économistes) traduit le volume de transactions réalisées et non le montant de flux monétaire qui demeure sur le territoire.

22 Contrairement à ce qui existe dans les pays anglo-saxons, les statistiques régionales en France ne permettent pas d’identifier les flux de biens et services entre régions. Dans ces conditions, nous avons estimé le taux de valeur ajoutée régionale de chacune des huit régions hôtes i de la CMR, à partir de l’équation (1) (voir tableau 1).


TxVAi =xi%+ [(1-xi%)*yi%]
23 où TxVAi est le taux de valeur ajoutée régionale, xi est la part de la demande finale régionale produite localement, le complément 1-xi est le pourcentage des importations régionales, yi est la marge du revendeur en pourcentage (estimé ici à 40% en moyenne).

Exemple pour l’Aquitaine : TxVAi=42,49%+ [(57,51%)*40%]=65,49%
Tableau 1 - Taux de valeur ajoutée régionale pour les huit régions hôtes de la CM

2.2.2. De la nécessité d’éviter les risques de double compte
24 La figure 2, reprend les principaux risques de doubles comptes :

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• Pour l’impact organisation (doubles comptes 1 et 2), par exemple, certaines dépenses du GIP financées par l’Etat, ne doivent être prises en compte qu’une seule fois soit dans l’injection GIP, soit dans l’injection Etat ; il en est de même pour les dépenses de séjour des équipes couvertes par l’organisation.
• Pour l’impact tourisme (doubles comptes 4 et 5), les spectateurs présents devant les écrans géants peuvent être entrés dans le stade lors d’une autre rencontre, ou avoir accompagné des spectateurs assistant au match dans l’enceinte sportive, de sorte que leurs dépenses auront déjà été comptabilisées. Autrement dit, un spectateur-écran géant, stade, ou un accompagnateur peut parfois ne constituer qu’une seule et même personne, leur dépense ne devant être considérée qu’une seule fois.
• Enfin, à l’intersection des impacts tourisme et organisation, les achats de billets constituent la recette majeure du comité d’organisation, et ils ne devront pas être comptés une seconde fois dans les dépenses des visiteurs puisque nous les avons déjà pris en compte précédemment (doubles comptes 3).


Synthèse des doubles comptes à éviter lors d’un calcul d’impact économique

Synthèse des doubles comptes à éviter lors d’un calcul d’impact économique

- 3 - Injections liées aux dépenses d’organisation
3.1. L’injection du GIP France 2007 en région
3.1.1. Financement exogène
26 Le financement du GIP France 2007 provient à plus de 95% des recettes liées à la vente de billets mais on ne retient que la part du financement exogène, c’est-à-dire les achats de billets des spectateurs qui n’habitent pas la région. Les statistiques de la billetterie ont dû être retraitées selon la région de résidence du spectateur (tableau 2).

(le tableau présente l’effectif des spectateurs selon leur provenance)
Tableau 2 - Région d’origine des spectateurs des différents sites de la CMR

3.1.2. Destination régionale des dépenses du GIP
27 La ventilation des dépenses du GIP entre les régions-hôtes a été effectuée à notre requête par le GIP lui-même, en concertation avec la DIGES. Au prix d’un travail réalisé spécifiquement pour les besoins de l’étude, les montants dépensés en région ont été calculés (tableau 3). Certains postes de dépenses ne concernent, au plan national, que l’Ile-de-France (direction générale du tournoi, administration et finance, billetterie, communication et marketing, compétition) et profitent exclusivement à des ménages ou des entreprises franciliennes. Les autres postes sont plus diffus même si la concentration sur la région parisienne demeure forte.

3.1.3. Calcul de l’injection nette du GIP
28 L’équation (2) permettant d’obtenir l’injection nette du GIP dans une région i est la suivante :


(2) INJ nette GIPi =(PFINEXTi x ACHATS B&Si x TxVAi) + (PFINEXTi x REMUi)
29 où INJ nette GIPi est l’injection nette du GIP dans la région i, PFINEXTi le pourcentage de financement extérieur à i, ACHATS B&Si les achats de prestation du GIP en région i, TxVAi le taux de valeur ajoutée régionale, REMUi est le montant des rémunérations versées localement.

30 Le tableau 4 reproduit les différentes étapes du calcul. Par exemple, pour l’Aquitaine, ses habitants ont acheté 121 052 billets sur un total de 1 916 312 billets vendus, soit 6,32%, de sorte que l’on considèrera que 6,32% du financement du GIP provient d’agents économiques aquitains, et 93,68% des autres régions. Les dépenses de biens et services en Aquitaine se montent à 1 856 166 €, soit une injection brute de 1 738 856 €, et une injection nette de 1 138 777 € après application du taux de valeur ajoutée régionale. Les rémunérations versées par le comité d’organisation en Aquitaine s’établissent à 920 697 €, ce qui correspond à une injection nette de 862 509 € après application du taux de financement extérieur. L’injection nette totale est donc de 2 001 286 € dans la région de Bordeaux.

3.2. L’injection de l’Etat en région
3.2.1. La destination régionale des dépenses de l’Etat
31 Les étapes ayant permis de déterminer l’injection de l’Etat sont les mêmes que pour le GIP. Le pourcentage de financement extra régional est ici de 100%, puisqu’il s’agit de fonds en provenance de l’échelon étatique. Il y a tout d’abord des subventions prises sur le budget de l’Etat, ou sur un fond d’affectation spécial (géré par le Centre National pour le Développement du Sport), pour financer des dépenses d’organisation et de valorisation territoriale de l’événement. Il y a ensuite des financements d’emplois au sein du mouvement sportif (Fédération Française de Rugby), ou du comité d’organisation lui-même (voir le tableau 5).

Tableau 3 - Synthèse des dépenses du GIP sur chaque site (en €)

Tableau 4 - Calcul de l’injection nette du GIP (en €)

3.2.2. Calcul de l’injection nette de l’Etat
32 Se pose la question du risque de double compte (voir figure 2). En effet, la subvention versée au GIP a servi à financer certaines dépenses d’organisation déjà prises en compte à travers l’injection GIP précédemment calculée, de sorte qu’elle doit être exclue pour éviter de la comptabiliser une seconde fois. De la même manière, le financement octroyé pour des emplois au sein du GIP ne doit pas être considéré à nouveau ici. L’injection brute en achats de biens et services est donc égale à la somme des subventions de la Direction Régionale et Départementale de la Jeunesse et des Sports (DRDJS), de la FFR, du Centre National pour le Développement du Sport (CNDS), ainsi qu’à la mise à disposition d’équipements, et aux dépenses diverses (sécurité notamment), soit 1 429 809 € pour Pays de Loire, par exemple, (la subvention GIP n’est pas comptabilisée ici). L’injection brute en rémunérations correspond uniquement au financement des emplois FFR, soit 774 991 € en Pays-de-la-Loire (les emplois GIP ne sont pas considérés ici). Finalement, l’équation (2) précédemment présentée permet alors de calculer l’injection nette globale de l’Etat, après application du taux de valeur ajoutée aux achats de biens et services, soit 1 720 095 € en Pays-de-la-Loire. Le tableau 6 présente les étapes du calcul pour toutes les régions hôtes.

Tableau 5 - Lesf inancements octroyés par l’Etat pour la CMR, selon les régions d’affectation (en €)

Tableau 6 - Calcul de l’injection nette de l’Etat hors double compte (en €)

3.3. L’injection des équipes en région
33 L’essentiel des dépenses des équipes a déjà été comptabilisé à travers l’injection du GIP[1] [1] - Les collectivités territoriales avaient été sollicitées...
suite puisque le séjour était pris en charge pour une délégation de 45 personnes[2] [2] - L’organisation prenait en charge le séjour de 42 personnes,...
suite et pour une période variable selon le parcours sportif de l’équipe dans la compétition. Au-delà, les frais étaient supportés par la Fédération de rattachement de l’équipe qui pouvait alors être à l’origine d’une injection additionnelle d’argent sur le territoire régional. Nous disposions d’un tableau fourni par le GIP reportant pour chaque équipe la durée du séjour (au camp de base c’est-à-dire dans la ville où la Fédération de rugby du pays avait décidé de localiser l’équipe durant la CMR, ou dans les différentes villes où l’équipe jouait ses matchs), le nombre de personnes constituant la délégation, le nom et les coordonnées de l’hôtel choisi. Sur cette base, il a donc fallu comptabiliser précisément, dans chacune des huit régions d’accueil, le nombre de nuitées dont les frais n’étaient pas couverts par le comité d’organisation ; il restait à appliquer le coût d’une nuit d’hôtel dans les établissements concernés pour calculer l’injection additionnelle des fédérations nationales (voir tableau 7.)

- 4 - Injections liées aux dépenses des visiteurs
4.1. L’injection en région des spectateurs-stade
4.1.1. Détermination de l’effectif des visiteurs
34 La billetterie officielle du GIP relative à chacun des sites a été retraitée pour identifier la provenance des spectateurs. En complément à l’exploitation effectuée précédemment pour identifier l’injection GIP, deux tranches de revenus ont été considérées, ce qui permet d’intégrer le fait que certains agents à fort pouvoir d’achat ont sans doute dépensé davantage que ceux dont le pouvoir d’achat était plus limité. Au final, 5 catégories de spectateurs étaient distinguées : les habitants de la région, les français hors région ayant un revenu inférieur à 4 000 € mensuel, et ceux ayant un revenu mensuel supérieur à 4 000 €, les étrangers avec moins de 4 000 € mensuels, et ceux dépassant ce seuil (voir tableau 8).

Tableau 7 - Calcul de l’injection nette des équipes (en €)

4.1.2. Détermination des dépenses des visiteurs
35 La dépense moyenne a été évaluée (annexe 1) à partir des réponses à une question portant sur le montant des dépenses pour différents postes (hébergement, restauration, transport, loisirs...), et plus précisément sur le montant des dépenses effectuées dans la région. La tâche a été plus difficile pour les étrangers qui ne connaissent pas très bien nos découpages administratifs, et pour lesquels en conséquence le territoire régional est flou. Ensuite, cette dépense a été divisée par le nombre de matchs vus dans la région à l’occasion de ce déplacement, puis par le nombre de personnes de la famille présentes, les informations étant fournies par deux questions de l’enquête.

4.1.3. Calcul de l’injection spectateurs stade

(3) INJ nette SPECTi =DMOYi x NBSPECTi x TxVAi
36 où INJ nette SPECTi est l’injection nette des spectateurs dans la région i, DMOYi est la dépense moyenne individuelle pour un match dans la région i, NBSPECTi le nombre de spectateurs des matchs organisés dans la région, et TxVAi le taux de valeur ajoutée régionale.

37 Il faut néanmoins déduire deux types de dépenses de l’injection nette obtenue : celles des visiteurs occasionnels présents sur le territoire pour un autre motif ; celles des spectateurs qui ont déplacé leur visite pour la faire coïncider avec les dates de l’événement. Dans les deux cas, ces dépenses ne peuvent pas être considérées comme des injections, à moins qu’il soit possible d’isoler le montant spécifiquement dépensé à l’occasion des matches de la CMR, ce qui est en pratique très difficile à réaliser (PREUSS, 2006). On parvient alors à la mesure de « l’injection nette effective » (annexe 1).

(effectif de spectateurs et % de l’ensemble des spectateurs du site)
Tableau 8 - Répartition des spectateurs par provenance et tranche de revenus

4.2. L’injection en région des accompagnateurs
38 La dépense des accompagnateurs a été calculée à partir de deux questions auxquelles répondaient les spectateurs présents dans le stade, à propos du nombre de personnes qui les accompagnaient et ne pénétraient pas dans l’enceinte sportive. Le ratio[3] [3] - Le ratio accompagnateurs sur spectateurs stade est de 0,06 en...
suite va de 0,06 accompagnateur pour un spectateur stade en Ile-de-France, à 0,15 en Pays-de-la-Loire ; cela revient à dire qu’un spectateur sur 6,7 en Pays-de-la-Loire est accompagné par des personnes ne rentrant pas dans l’enceinte, contre 16,6 en Ile-de-France, ce qui est très faible et constitue une spécificité de la CMR.

39 Lors de l’enquête, la dépense indiquée par les spectateurs concernait l’ensemble du groupe, la dépense individuelle étant alors calculée en divisant par le nombre de personnes. Ainsi, le groupe étant constitué aussi bien des individus présents dans l’enceinte que de ceux qui n’assistent pas au spectacle, la dépense moyenne calculée vaut aussi bien pour les spectateurs-stade que pour les accompagnateurs.


(4) INJ nette ACCOMPi=INJ nette SPECTi * ACCOMPi/SPECTi
40 où INJ nette ACCOMPi est l’injection nette des accompagnateurs dans la région i, INJ nette SPECTi est l’injection nette des spectateurs dans la région i, ACCOMPi/SPECTi est le ratio du nombre d’accompagnateurs par le nombre de spectateurs stade dans cette région i.

4.3. L’injection en région des spectateurs-écran
41 Contrairement aux spectateurs-stade pour lesquels un décompte précis était fourni par le retraitement de la billetterie, l’effectif de spectateurs-écrans géants a du faire l’objet d’estimations. Il a été possible pour cela de s’appuyer sur les informations fournies d’une part, par les coordonnateurs régionaux de l’étude, et, d’autre part, par le Ministère de la santé et des sports et la DIGES. Par ailleurs, ces chiffres ne concernent que les écrans que l’on peut qualifier d’officiels, érigés dans les villes hôtes, mais ne recouvrent pas les écrans qui ont pu être dressés dans d’autres communes, ni les écrans dans les commerces tels que les bars et restaurants. Le dénombrement opéré montre un succès de ces opérations plus ou moins marqué selon les territoires, mais également une relative désaffection des Français hors région et des étrangers venant spécifiquement pour cette prestation (voir annexe 2).

- 5 - Calcul de l’impact économique régional
5.1. Multiplicateurs
42 Pour ce qui concerne les coefficients multiplicateurs régionaux, les chercheurs anglo-saxons sont favorisés par le degré d’aboutissement de leur système de comptabilité économique régionale. Les statistiques existant en matière de relations interindustrielles, et d’échanges interrégionaux permettent la construction de matrices input-output régionales, puis la simulation désagrégée de l’impact régional. En France, rien de tel n’existe, et l’on doit se contenter de calculer des multiplicateurs agrégés de revenus ou des multiplicateurs désagrégés de dépenses.

43 Ces deux solutions ne sont pas complètement satisfaisantes. Le calcul d’un multiplicateur agrégé dépend de la fiabilité de l’évaluation des différentes propensions (à consommer, à investir, à importer) avec des difficultés pour disposer de l’information nécessaire. Le multiplicateur désagrégé est plus fiable car il tient compte des spécificités des acteurs responsables des injections mais également des spécificités du territoire à réagir à de telles injections. Dans le cas de la CMR, il faudrait calculer un multiplicateur pour chaque agent à l’origine d’une injection (spectateurs, accompagnateurs, équipes, GIP, Etat, Fédération...) à partir de leur propension à dépenser localement et disposer d’un multiplicateur agrégé type basique (multiplicateur de WILSON par exemple, (BOURG et GOUGUET, 1998)).

44 Devant la difficulté et le coût pour calculer un multiplicateur désagrégé, et devant un risque de biais important à reprendre des multiplicateurs régionaux calculés avec des méthodologies différentes, nous avons utilisé les résultats d’une méta-analyse (VOLLET et BOUSSET, 2002) pour en tirer la valeur des multiplicateurs de chaque région. L’estimation est la suivante :


(5) K=-0,53 + 0,17 ln POP – 0,025 ln PRI +0,083 ln TER
45
• la relation positive entre la taille de la population (POP) et la valeur du multiplicateur exprime l’influence du degré de diversification de la structure régionale. On peut faire l’hypothèse selon laquelle plus la région est grande (et diversifiée), plus la propension à importer sera faible et la propension à dépenser locale forte, d’où une valeur élevée du multiplicateur.
• L’impact de la structure de la population active sur la valeur du multiplicateur confirme les analyses généralement effectuées : toutes choses égales par ailleurs, le multiplicateur sera d’autant plus élevé que la proportion d’emploi tertiaire (TER) est forte et inversement par rapport à la proportion d’emploi primaire (PRI).

46 Sur cette base, la valeur du multiplicateur oscille entre 2,02 (Languedoc-Roussillon) et 2,35 (Ile-de-France). Ces résultats semblent légèrement plus élevés que ceux d’études ponctuelles réalisées (voir, par exemple, DOUCET, 2002). Nous avons préféré utiliser le même calcul pour toutes les régions à des fins d’homogénéité des résultats plutôt que de collecter des multiplicateurs obtenus dans diverses études à partir d’hypothèses différentes. De toute façon, il apparaît qu’au delà de telles différences relativement minimes de résultats au niveau des multiplicateurs, l’essentiel se joue au niveau du calcul des injections nettes, ce sur quoi nous avons fait porter nos efforts de collecte d’une information fiable.

5.2. Le calcul des retombées dans le cas de la région PACA
47 Dans le cas de la région PACA, le tableau 9 synthétise la démarche présentée. Pour des résultats complets voir BARGET et GOUGUET (2008).

48 En tenant compte de tous les principes théoriques présentés précédemment, nous avons calculé l’impact régional de la CMR dans chaque région de la façon suivante :

49
• La prise en compte du pourcentage de financement extérieur évite l’effet de substitution.
• L’utilisation de la valeur ajoutée régionale tient compte des fuites hors circuit.
• Les doubles comptes ont été systématiquement éliminés.
• Les transferts de dépenses ainsi que les dépenses occasionnelles ont été déduites.
• Les effets d’éviction ont été considérés comme négligeables[4] [4] - Lorsque les matchs se déroulaient le week-end, ils...
suite après enquête et consultation des statistiques hôtelières.

* Accompagnateurs ne rentrant pas au stade uniquement.
Tableau 9 - Impact économique en Région PACA (en €)

- 6 - Synthèse des principaux résultats
6.1. Répartition régionale de l’impact
50 La CMR a eu un impact en volume différent selon les régions d’accueil, allant de 21 M€ en Midi-Pyrénées à 254 M€ en Ile-de-France, soit un rapport de 1 à12. (voir figure 3). Ceci va dans le même sens que les résultats obtenus dans des études précédentes sur la CMR, notamment sur l’édition australienne en 2003 (URS, 2004).


Ventilation de l’impact économique de la CMR par région

Ventilation de l’impact économique de la CMR par région

51 On peut ainsi faire apparaître trois classes de régions :

52 Classe 1 – Ile-de-France (43%) et PACA (24,6%). A elles deux, ces régions représentent les deux tiers de l’impact total de la CMR 2007 en France.

53 Classe 2 – Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Nord-Pas-de-Calais, Rhône-Alpes : l’impact est compris entre 5 et 7% de l’impact total.

54 Classe 3 – Midi-Pyrénées, Pays-de-la-Loire : l’impact est inférieur à 5% du total.

6.2. Structure de l’impact
55 La typologie précédente masque une grande hétérogénéité des régions dans la structure de l’injection à l’origine de l’impact (figure 4). En effet, de façon globale, c’est l’injection des consommateurs extérieurs (dénommée injection tourisme) qui est principalement à la source de l’impact avec les dépenses nettes des spectateurs (stades, écrans géants et acccompagnateurs). Le reste de l’impact est le fait des dépenses nettes en matière d’organisation par le GIP, l’Etat et les équipes. L’ampleur respective de ces deux types d’impact mérite d’être commentée mais également et surtout leur structure interne.


Répartition selon son origine de l’impact économique total de la CMR dans chaque région (en wacko

Répartition selon son origine de l’impact économique total de la CMR dans chaque région (en wacko

6.2.1. Impact tourisme
Tableau 10 - Part et nature de l’impact touristique

56 L’impact tourisme domine largement dans toutes les régions sauf en Ile-de-France :

57
• il est très élevé en PACA (93%), Aquitaine (83,1%) et Pays-de-la-Loire (79,5%) ;
• il représente environ 2/3 à 3/4 de l’impact total en Languedoc-Roussillon, Nord-Pas-de-Calais, Rhône-Alpes et Midi-Pyrénées ;
• il est plus faible en Ile-de-France (53,2%) où il s’équilibre quasiment avec l’impact organisation.

58 Au-delà de ce résultat global, deux conclusions émergent de l’analyse de la structure interne de l’impact tourisme :

59
1. Le tableau 10 montre que les dépenses des spectateurs-stades constituent l’essentiel de l’impact tourisme pour culminer jusqu’à 97,5% en Aquitaine. La seule exception est Midi-Pyrénées où les dépenses-stades ne pèsent que 68,5% de l’impact tourisme mais sont en partie compensées par les dépenses spectateurs-écrans géants dont le pourcentage de 22,1% ne se retrouve dans aucune autre région. En effet, de façon générale, le poids des dépenses spectateurs-écrans géants et des accompagnateurs est très faible. Cela signifie que la CMR en France a certes introduit l’innovation des écrans géants comme nouvelle forme de consommation des spectacles sportifs , mais que ce phénomène n’a pas encore atteint l’ampleur qu’il connaît dans d’autres sports et dans d’autres pays (le football en Grande-Bretagne, par exemple). On peut assister dans ce dernier pays à des déplacements de supporters qui, faute de places dans le stade ou de moyens financiers pour y pénétrer, viennent sur place, à proximité du stade dont ils entendent la clameur, suivre la compétition tout en bénéficiant de l’ambiance en direct certes, mais également de la possibilité de consommer des produits interdits à l’intérieur de l’enceinte du stade.
2. L’injection spectateurs-stades est principalement le fait des étrangers, comme le montre le tableau 11.

Tableau 11
Part des étrangers dans l’injection spectateurs-stades
Régions Part des étrangers dans l’injection
nette spectateurs stade Part des étrangers dans
les spectateurs
extérieurs
Aquitaine 90,9% 58,1%
Ile de France 71,5% 40,5%
Languedoc Roussillon 80,0% 52,6%
Midi Pyrénées 71,1% 26,8%
Nord Pas de Calais 89,7% 58,3%
Pays de Loire 89,3% 57,4%
PACA 79,2% 42,3%
Rhône Alpes 65,9% 44,9%

60 En Aquitaine, si les étrangers représentent 58,1% des spectateurs hors région, ils ont été à l’origine de 90,9% de l’injection nette « spectateurs-stade ». Cela s’explique par un panier moyen de dépenses des étrangers très supérieur à celui des Français. Un tel décalage dans toutes les régions entre masse de spectateurs et ampleur de dépenses atteint son maximum dans la région Midi-Pyrénées : les étrangers représentent seulement 26,8% des spectateurs concernés mais leur injection pèse pour 71,1% du total.

61 Comme on le constate dans le tableau 12, l’élément déterminant de l’ampleur de l’injection nette spectateurs-stades provient très largement du poids des étrangers appartenant à la catégorie supérieure de revenu (plus de 4 000€ dans notre échantillon). Avec un panier moyen de 553,63€ (comparé aux 44,95€ de la tranche inférieure de revenu des spectateurs français hors région), la tranche supérieure de revenu est à l’origine de 77,7% de l’injection nette des étrangers. On mesure ici toute l’importance de l’attractivité de l’affiche ou de l’attractivité du territoire vis-à-vis des étrangers à haut pouvoir d’achat. Un exemple significatif est donné par la région PACA. L’injection nette des étrangers pèse 79,2% du total en dépit du fait que les spectateurs étrangers ne représentent que 42,3% des spectateurs concernés. Cela s’explique par un panier de dépenses moyen très supérieur à celui des Français hors région mais surtout par le poids relatif des spectateurs étrangers aisés : avec un panier moyen de 1 002 €, ils représentent 60% de l’injection totale des étrangers.

Tableau 12 - Injection nette spectateurs Midi-Pyrénées Structure interne

6.2.2. Impact organisation
Tableau 13 - Part et nature de l’impact organisationnel

62 L’impact organisation est le complément de l’impact tourisme, ce qui permet de comprendre que l’on arrive à la même typologie régionale que précédemment mais de manière inversée : cet impact est le plus faible en PACA et en Aquitaine et il est le plus fort en Ile-de-France où il s’équilibre quasiment avec l’impact tourisme, ce qui est unique.

63 D’un point de vue structurel, le tableau précédent montre que l’impact GIP est partout le plus élevé et représente environ les deux tiers de l’impact organisation. Seule l’Ile-de-France se distingue avec un impact GIP de plus de 90%.

64 Au final, l’impact de la CMR apparaît comme résultant principalement des dépenses des spectateurs-stades et écrans géants étrangers. Ce résultat ne doit pas faire oublier néanmoins que la France n’a pas eu à construire de nouveaux stades, ce qui aurait entraîné un impact beaucoup plus important autour de l’organisation de la manifestation.

- 7 - Conclusion
65 Cet article montre les difficultés méthodologiques liées au calcul de l’impact économique d’un grand événement sportif sur un territoire régional. En effet, de trop nombreuses études aboutissent à une surévaluation systématique d’un tel impact du fait d’erreurs grossières dans le calcul. Si le principe général de la théorie de la base est très simple, (une injection, un multiplicateur), sa mise en œuvre est souvent difficile par manque d’information sur les principaux flux entrants et sortants du circuit spatialisé.

66 Nous avons cherché à éviter ces différentes erreurs grâce tout d’abord à la collecte d’une information de qualité soit auprès des visiteurs par enquête directe, soit auprès des responsables de l’organisation de l’événement (documents internes, entretiens...). Sur ces bases, il a été possible de prendre en compte les principaux facteurs garants d’un calcul d’impact correct : effet substitution ; fuites hors circuit ; effets d’éviction ; doubles comptes ; transferts temporels de dépenses ; dépenses occasionnelles.

67 Les résultats obtenus montrent que la CMR a eu un impact économique positif dans toutes les régions mais avec des écarts considérables tenant principalement à la présence de spectateurs étrangers « riches ». Cette part relative forte de l’injection des touristes étrangers tient également au fait que la CMR n’a pas demandé de constructions nouvelles d’infrastructures sportives. L’impact de la CMR en région a donc été largement conditionné à la fois par l’affiche des compétitions et par l’attractivité générale du territoire pour des étrangers (Ile-de-France ou PACA, par exemple).

68 Au final, il est vrai que la Coupe du Monde à elle seule, à travers l’activité engendrée, n’est pas de nature à changer le trend de croissance des régions d’accueil ou du pays, conformément à ce qui a été constaté par l’INSEE. Néanmoins, l’impact économique de la CMR 2007 n’est pas à limiter à cette seule augmentation ponctuelle de revenu. En effet, cette manifestation peut entraîner la création d’une véritable culture d’accueil d’ événements sportifs qui, si elle se développe, contribuera à générer une injection pérenne de revenus tant au niveau régional qu’au niveau national (BARGET, 2008).

69 En dépit de tout cela, il ne faudrait pourtant pas en conclure que l’organisation de la CMR en France était légitime. Comme nous l’avons souligné en introduction, un calcul coûts/bénéfices est nécessaire. Nous avons ainsi montré (BARGET et GOUGUET, 2008) que l’utilité sociale de la CMR était nettement supérieure aux coûts publics engendrés dans toutes les régions d’accueil. Il y a eu un soutien massif de la population pour cette compétition qui s’est déroulée sans débordements (hooliganisme, par exemple). Il y a eu également très peu de constructions nouvelles, d’où des coûts d’organisation relativement faibles (comparés à ceux des Jeux Olympiques d’été ou d’une Coupe du Monde de Football) mais aussi des consentements à payer plus forts de la part des contribuables.

70 On peut donc conclure que la CMR 2007 a été rentable, qu’elle a eu un impact économique non négligeable qui demande éventuellement à être pérennisé, et qu’elle a eu des effets autres que de simples retombées économiques de court terme comme le développement de la pratique du rugby.

71 Il serait donc souhaitable de réitérer une telle évaluation sur d’autres grands événements sportifs à des fins de comparaison. Avec la même méthodologie et en respectant les protocoles d’études, il serait possible à terme d’établir des typologies de manifestations sportives selon l’ampleur et la nature de leurs retombées économiques et de leur utilité sociale. L’idéal est bien sûr d’avoir une manifestation à haute rentabilité sociale et avec un fort impact économique. Il y aura débat si on a de fortes retombées économiques mais une rentabilité sociale faible, ce qui pourrait signifier que l’on est passé à côté de ce qui constitue l’essence même d’un grand événement sportif. Il peut rendre les habitants d’un territoire plus riches, mais il est souhaitable qu’il les rende également plus heureux, ce qu’a fait la CMR 2007 en France.

AnnexeAnnexe 1 : Dépenses et injections des spectateursstade (en €)


Annexe 2 : Dépenses et injections des spectateursécrans géants (en €)


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Notes[ *] Première version reçue, janvier 2009 ; version finale, juin 2009.

[ 1] - Les collectivités territoriales avaient été sollicitées de manière importante pour couvrir les frais inhérents à l’hébergement des équipes.

[ 2] - L’organisation prenait en charge le séjour de 42 personnes, et l’IRB abondait financièrement jusqu’à 45 personnes dans l’effectif.

[ 3] - Le ratio accompagnateurs sur spectateurs stade est de 0,06 en Ile-de-France (1 spectateur sur 16,6 a des accompagnateurs ne rentrant pas), 0,08 en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, 0,10 en Rhône-Alpes, Nord-Pas-de-Calais, et Languedoc-Roussillon, 0,14 en Midi-Pyrénées, 0,15 en Pays-de-la Loire.

[ 4] - Lorsque les matchs se déroulaient le week-end, ils se traduisaient par une augmentation du taux d’occupation des chambres d’hôtel (étude MKG Hospitality, octobre 2007), ce qui tend à montrer que les touristes sportifs ne remplaçaient par d’autres catégories de visiteurs. On peut ainsi lire, dans une note de conjoncture sur le tourisme en Aquitaine « il faut souligner un très bon niveau de fréquentation de Bordeaux, en hausse par rapport à septembre 2006, sans doute grâce aux retombées de la Coupe du Monde de Rugby qui a « dopé » la fréquentation en week-end ». Lorsque les rencontres se déroulent en semaine, le taux de fréquentation déjà élevé en tant normal, ne variait que modestement à la hausse, ce qui peut faire craindre un effet d’éviction. Néanmoins, dans la mesure où il s’agit en grande partie de tourisme d’affaires, on peut faire l’hypothèse selon laquelle les séjours professionnels ont été probablement déplacés dans le temps plutôt qu’annulés, puisqu’il faudra bien que le travail soit accompli.

RésuméLa Coupe du Monde de Rugby (CMR) peut être considérée comme un grand événement sportif au niveau planétaire. L’analyse économique de l’impact de ces grands événements sportifs fait toujours partie des thèmes sujets à controverses au sein de la communauté des économistes. De nombreuses difficultés méthodologiques existent pour mener à bien le calcul, et il faut être très prudent dans l’interprétation des résultats. A partir de l’utilisation de la théorie de la base et de la collecte d’une information fiable, nous avons cherché à tenir compte des principaux facteurs garants d’un calcul d’impact correct. Les résultats obtenus montrent que la CMR a eu un impact économique positif dans toutes les régions mais avec des écarts considérables. Au final, l’impact de la CMR apparaît comme résultant principalement des dépenses des spectateurs stades et écrans géants étrangers.
Mot-clés
développement économique régional, théorie de la base, impact économique, grand événement sportif, Coupe du Monde de Rugby

Measuring the Economic Impact of Hallmark Sporting Events : The case of the Rugby World Cup 2007
The Rugby World Cup (RWC) can be considered as a globalized mega-sporting event. The economic analysis of the impact of such great sporting events is always at the origin of controversial debates between the economists. Many methodological problems arise to make this calculation correctly and the results have to be interpreted very carefully. We did our utmost to systematically address all these problems in the best possible way, so as to arrive at the most reliable evaluation possible. Using the base theory and collecting reliable information on the field, we have endeavored to avoid the most common errors. The results show that RWC had a positive economic impact in all regions but with considerable variation. Finally, the spending of stadia and giant screens spectators are the main factor explaining the economic impact of the RWC.

Keywords
economic regional development, base theory, economic impact, mega-sporting event, Rugby World Cup

PLAN DE L'ARTICLE•- 1 - Introduction
•- 2 - Fondements méthodologiques
◦2.1. Le circuit spatialisé de la CMR
◦2.2. Principales difficultés de mise en œuvre de la théorie.
•- 3 - Injections liées aux dépenses d’organisation
◦3.1. L’injection du GIP France 2007 en région
◦3.2. L’injection de l’Etat en région
◦3.3. L’injection des équipes en région
•- 4 - Injections liées aux dépenses des visiteurs
◦4.1. L’injection en région des spectateurs-stade
◦4.2. L’injection en région des accompagnateurs
◦4.3. L’injection en région des spectateurs-écran
•- 5 - Calcul de l’impact économique régional
◦5.1. Multiplicateurs
◦5.2. Le calcul des retombées dans le cas de la région PACA
•- 6 - Synthèse des principaux résultats
◦6.1. Répartition régionale de l’impact
◦6.2. Structure de l’impact
•- 7 - Conclusion
•Annexe
Article suivant Page 379-408

POUR CITER CET ARTICLEEric Barget et Jean-Jacques Gouguet « La mesure de l'impact économique des grands événements sportifs. L'exemple de la Coupe du Monde de Rugby 2007 », Revue d’Économie Régionale & Urbaine 3/2010 (juin), p. 379-408.
URL : www.cairn.info/revue-d-economie-regionale-et-urbaine-2010-3-page-379.htm.
DOI : 10.3917/reru.103.0379.


Источник: http://www.cairn.info.proxy.unice.fr/article.php?ID_ARTICLE=RERU_103_0379&DocId=129435&Index=%2Fcairn2Idx%2Fcairn&TypeID
Категория: Événements sportifs et tourisme | Добавил: Moi (09 Ноя 2012)
Просмотров: 359 | Теги: événements sportifs impacts | Рейтинг: 5.0/1
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